Lobbying
Faire nom et faire nombre
Lundi 16 janvier 2012 | Lobbying | Pas de commentaire
Le management des perceptions passe désormais par l’activisme des organisations publiques. Afin de soutenir activement leur réputation, certains Etats n’hésitent plus à intervenir directement ou faire intervenir sur le Web. La stratégie de l’action oblique s’impose nolens volens. L’ancien correspondant du New York times Thomas Crampton a ainsi pointé le rôle des «50 cents agents». Ces internautes sont recrutés et rémunérés 50 cents de Renminbis par avis favorable déposé sur le web (environ 0,05 euros) en faveur du gouvernement chinois. L’efficacité de ce type d’enrôlement cyber militant repose sur l’apparente spontanéité et l’anonymat des réponses, la participation massive aux forums et aux sites d’avis en ligne.
Cette mobilisation collective peut même s’avérer totalement factice, lorsqu’un groupe de pression obtient l’inscription d’une cause sur l’agenda politique, en avançant un nombre astronomique de soutiens imaginaires. Faire nom et faire nombre à tout prix… la démarche est qualifiée d’Astroturf lobbying (du nom d’un célèbre gazon synthétique) pour bien marquer la différence avec un véritable processus de Grassroots lobbying, c’est-à-dire une mobilisation collective bien réelle de l’opinion publique.
Bien sûr, de telles démarches peuvent légitimement choquer par leur absence d’éthique. C’est oublier finalement une caractéristique fondamentale de l’influence sur le Web. Est désormais vrai ce que les internautes citoyens, clients ou consommateurs considèrent comme vrai. Chacun dispose d’un porte-voix et la notoriété tient désormais lieu de vérité.
Ce blog fait peau neuve
Lundi 5 décembre 2011 | Actualité de l'IE | Pas de commentaire
Vous l’avez sans doute remarqué, le blog « Intelligence économique, Information et Influence » fait peau neuve avec un nouveau graphisme et de nouvelles fonctionnalités de recherche en archives. La ligne éditoriale, elle, ne change pas et ce blog continuera de vous donner une actualité pertinente sur des thèmes variés de l’intelligence économique comme le lobbying, la veille stratégique, l’intelligence territoriale, la sécurité économique… Il fournira de nouvelles analyses, des liens utiles et enrichira ses ressources documentaires sur l’intelligence économique.
Le blog de Jacques Breillat créé en 2007 vous propose aujourd’hui une base de 234 articles et reçoit actuellement 10.000 visites par mois en moyenne. Cette bonne fréquentation confirme les résultats d’une étude indépendante sur la « Cartographie des acteurs de l’IE en France », conduite en 2010 sous la direction d’A.Schoen et L.Villard à l’Université de Paris-Est/ESIEE. L’étude de l’ESIEE Paris répertorie les 50 premiers blogs d’influence de l’Intelligence Economique en France. Elle place le blog de Jacques Breillat à la 6ème place au niveau national dans la catégorie Intelligence économique.
J’adresse un grand merci aux lecteurs et aux abonnés RSS pour leur fidélité.
Lobbying européen : entre transparence et conflits d’intérêts
Samedi 29 octobre 2011 | Lobbying | Un commentaire
Avec ses centaines d’experts en Public affairs, ses spécialistes de relations publiques, ses cabinets d’avocats et ses représentants socio-professionnels, Bruxelles demeure indéniablement la capitale du lobbying polyglotte. La communication d’influence s’est installée confortablement, au cœur même des institutions européennes.
Il faut dire que l’Europe réglemente des domaines de plus en plus techniques et de plus en plus vastes. Ainsi, 80% de notre législation nationale est directement ou indirectement d’inspiration européenne. Ce périmètre d’intervention élargi soulève nécessairement des questions de plus en plus complexes, aussi bien sur la compatibilité normative que sur l’interpénétration des intérêts économiques. L’écosystème institutionnel européen, parce qu’il produit des zones d’incertitude et de multiples interstices organisationnels, se révèle profondément perméable aux échanges public/privé. On ne voit pas qui pourrait finalement reprocher à l’administration européenne d’écouter la société civile et de chercher à mesurer les conséquences de ses décisions bureaucratiques. Depuis 2008, l’Union européenne a institué un registre pour recenser les lobbies agissant auprès de la Commission et du Parlement Européen. Même si ce registre demeure « facultatif » (du coup 60% des cabinets de lobbying ne sont pas inscrits), l’objectif est d’assurer une meilleure transparence du processus d’influence et d’organiser la publicité pour prévenir tout dérapage. Le lobbying est devenu un métier à part entière, avec son référentiel de compétences, son expertise et ses formations d’enseignement supérieur. Mais les efforts louables de professionnalisation et de transparence ne suffisent pas toujours à lever certaines ambiguïtés…
Les cas d’anciens commissaires européens qui se reconvertissent dans des cabinets privés de lobbying ne se comptent plus. Sur treize commissaires ayant quitté la Commission européenne de février 2010 plus de la moitié travaillent désormais au service de groupes privés recevant des aides ou subsides européens. Alors que les textes prévoient une période de carence de douze mois avant de s’établir lobbyiste, le Comité d’éthique de la Commission européenne accorde systématiquement des dérogations aux anciens commissaires. Alors avant de s’attaquer à la transparence des circuits de décision, certains observateurs pensent qu’il serait préférable de commencer par prévenir les conflits d’intérêt.
Réseaux: la force des liens faibles
Samedi 23 juillet 2011 | Concepts et conceptions, Lobbying | 2 commentaires
L’intelligence économique s’intéresse à l’influence par l’information et aux questions du lobbying. A ce titre, chaque spécialiste de communication d’influence doit intégrer la théorie déjà ancienne de la « force des liens faibles » énoncée par Marc Granovetter en 1973.
Un lien faible relie un individu à une connaissance sociale éloignée (un « ami d’ami » par exemple). Pour M.Granovetter, la différence entre un lien fort (famille, amis proches) et un lien faible repose in fine sur la combinaison de quatre critères : la fréquence (on consacrerait plus de temps à un lien fort) ; l’intimité (quasiment absente d’un lien faible) ; l’émotion (empathie caractéristique des liens forts) ; la réciprocité des services rendus (plus élevée dans un lien fort). Marc Granovetter démontre que les liens faibles sont finalement beaucoup plus utiles que les liens forts. Selon ce sociologue, les «liens faibles servent bien souvent à jeter des ponts locaux entre des ensembles d’acteurs qui autrement seraient isolés, ou encore qui ne pourraient se rejoindre que par des détours beaucoup plus longs ».
L’importance des liens faibles provient du fait que ces « ponts locaux » créent des chemins plus nombreux et plus courts vers l’information stratégique. La coupure d’un lien faible engendre donc, en moyenne, plus de dégâts dans les probabilités d’interaction que la suppression d’un lien fort. Les liens faibles nous connectent à des personnes qui évoluent dans un environnement très différent du nôtre, nous offrant des opportunités que n’aurions jamais pu déceler sans elles. En conclusion, l’altérité représente donc à la fois la richesse, la puissance et la force des liens faibles. A l’époque du Web 2.0 et des réseaux sociaux, la leçon des liens faibles mérite assurément d’être méditée.
La main invisible des réseaux ?
Samedi 9 juillet 2011 | Concepts et conceptions, Lobbying | Pas de commentaire
L’intelligence économique s’intéresse à la dynamique d’influence des réseaux. Nous sommes tous au moins participants de quatre types de réseaux. Le réseau familial est largement hérité (« on ne choisit pas sa famille »). Le réseau scolaire contient les camarades d’école ou d’université (très actifs avec les associations d’anciens). Le réseau professionnel est composé des collègues et des relations de travail. Le réseau de sociabilité résulte de différents engagements (syndicats, associations, clubs, partis politiques…).
Avec Internet il est désormais possible de s’affilier à des réseaux existants (communautés de passionnés, d’amis ou de professionnels) mais aussi de créer ou structurer son propre réseau. La loi de Metcalfe nous rappelle que « la valeur d’un réseau est égale au carré de ses utilisateurs » car l’intérêt d’un réseau tend à s’accroitre beaucoup plus vite que la somme de ses utilisateurs. Plus un réseau est dense, plus il se révélera profitable pour l’ensemble de ses membres.
Le sociologue Cameron Marlow a mis en exergue le décalage entre le nombre d’amis affiché sur Facebook et le nombre de véritables amis avec lesquels on entretient des échanges réguliers. En fait, même si les internautes collectionnent en moyenne 130 amis sur Facebook en 2010, ils ne dialoguent vraiment qu’avec un petit nombre d’entre eux : tout au plus 4 pour les hommes et 6 pour les femmes. C.Marlow avance l’hypothèse selon laquelle la croissance d’un réseau personnel au-delà du nombre de Dunbar, c’est-à-dire 148 personnes, ne produit plus que des contacts occasionnels ou passifs. Il existerait une limite cognitive théorique applicable au nombre de personnes avec lesquelles il est possible d’entretenir des relations sociales stables, actives et régulières. Il ne faut donc pas fantasmer sur la « main invisible » et la puissance des réseaux. Et l’ingénierie sociale des réseaux ne conduit pas nécessairement à la théorie du complot.
Spin Doctor: la fabrique de l’opinion ?
Lundi 11 avril 2011 | Concepts et conceptions, Lobbying | Pas de commentaire
L’intelligence économique s’intéresse à la maîtrise et à la protection des informations stratégiques utiles aux décideurs publics et privés. Pour autant, l’intelligence économique ne délaisse pas la réflexion sur les logiques d’influence, celles qui consistent à utiliser l’information pour promouvoir des intérêts économiques (lobbying, public affairs) ou pour mettre un concurrent en difficulté (désinformation, buzz).
Dans le champ de l’influence, certains experts tiennent une place à part. Ils sont appelés les « spin doctors ». Ces spécialistes élaborent des plans d’action pour modeler l’opinion publique. Ces professionnels sont parfaitement rompus aux techniques de l’art de raconter des histoires (storytelling). A l’heure du Web 2.0, les spin doctors sont des créateurs d’images, des producteurs de slogans et des marchands de symboles.
Le spin doctor se présente le plus souvent sous le visage rassurant et affable du spécialiste de relations publiques ou de marketing. Il est doté de deux qualités professionnelles essentielles. Premièrement, le spin doctor est un stratège qui sait définir des axes de travail et articuler l’action de terrain. Deuxièmement, il est un « médiologue » qui sait manipuler les codes sociaux et choisir les bons vecteurs d’expression. On traduit littéralement le terme de spin doctor par « Docteur Folimage ». En effet, le génie de ces professionnels de la communication est d’instiller « le bon message, au bon moment » pour rencontrer le temps social. La démarche n’est pas très morale. Certains parlent même de manipulation. Mais pour les spin Doctors: « l’opinion publique ne reçoit que l’information avec laquelle elle a rendez-vous ».
Lobbying : la faute à Rousseau !
Vendredi 28 mai 2010 | Lobbying | 2 commentaires
Le lobbying est un ensemble coordonné d’actions destinées à influencer directement ou indirectement le processus d’élaboration, d’application ou d’interprétation des mesures législatives, des normes et des règlements. Plus généralement, le lobbying peut s’appliquer à toute intervention ou décision des pouvoirs publics locaux, nationaux ou internationaux.
Les techniques du lobbying visent à apporter de l’information à une personne ou une institution publique que l’on désire influencer, à partir d’argumentaires ciblés (« position paper »). Bien évidemment, cette information est « mise en forme » pour promouvoir une logique d’intérêt privé ou corporatiste. Dans un processus de veille, on collecte, traite et diffuse une information extraite dans l’environnement de l’entreprise pour nourrir une prise de décision stratégique en interne. Avec le lobbying, c’est symétriquement l’inverse. On essaye d’« injecter » certaines informations issues des choix stratégiques de l’entreprise dans un environnement de politique publique.
Selon sa stratégie, chaque « influenceur » cherchera à promouvoir un texte, à en obtenir le retrait, à l’édulcorer pour en neutraliser les effets ou encore à gagner du temps en différant son application. Dans une démocratie pluraliste, la démarche de lobbying participe donc à la construction des décisions publiques, en « éclairant » les administrations sur les conséquences de leurs choix. On est bien loin du mythe désincarné de la Loi expression désincarnée de la volonté générale. Autant dire que les manuels français demeurent relativement muets sur les techniques de lobbying… C’est sans doute la faute à Rousseau.
Article paru dans la rubrique Les Clés de l’IE, APS du 28/05/2010
Lobbying : l’exemple des lampes à incandescence
Mardi 23 juin 2009 | Lobbying | Pas de commentaire
« Souffrances aux nouvelles lampes à économie d’énergie« , tel est le titre d’un document réalisé par Jean-Sébastien Lemay, dans le cadre du cours dispensé par Bruno Gosselin à l’ISEL (Institut Supérieur Européen de Lobbying). Alors que le lobbying est souvent critiqué, parce qu’on pense toujours qu’il s’accompagne de pots-de-vin et autres malversations financières, pour le compte d’intérêts particuliers et bien souvent malhonnêtes, ce document possède l’intérêt de donner un exemple de ce qu’est le lobbying dans ses actions les plus courantes. Il s’agit ici, pour les personnes qui développent des maladies à cause des rayonnements d’UV et des rayonnements magnétiques, de demander une adaptation de la loi européenne organisant la disparition des ampoules à incandescence d’ici à 2016. L’enjeu pour ces personnes est simple, et devrait être entendu de tous : éviter d’être abandonnées, chez elles, dans le noir total…
Lobbying américain à Bruxelles
Mardi 16 juin 2009 | Lobbying | Un commentaire
Réalisé par Vincent Lheure sous la direction de Bruno Gosselin (directeur de l’Institut Européen du Lobbying), le document « La présence et l’influence des lobbies américains à Bruxelles » présente succinctement l’ampleur du lobbying américain mené à Bruxelles. Les quelques chiffres de l’introduction soulignent d’abord l’importance de la communication d’influence dans ce qui est la deuxième capitale mondiale du lobbying, où sont décidées 80 % des lois européennes.
Mais surtout, on y découvre l’importance de l’action menée par les entreprises américaines qui, via l’ICCF (International Council for Capital Formation) par exemple, peuvent agir directement non seulement sur des sujets précis (énergie, environnement, santé,…), mais aussi sur les grands choix politiques de l’Union.
Pour une entreprise européenne, il est important de prendre en compte cette influence réelle d’entreprises concurrentes, pour ne pas se voir imposer des règlements et autres normes favorables aux entreprises d’Outre-Atlantique. Il leuf faut pour cela d’abord accepter d’utiliser des méthodes de communication d’influence, puisque le fonctionnement de l’Union et l’élaboration des lois reposent sur les principes du lobbying.
Etat, entreprises, Intelligence économique, quel rôle pour la puissance publique ?
Vendredi 20 mars 2009 | Intelligence territoriale, Note de lecture, Politique publique | Pas de commentaire
Les tenants du libéralisme absolu ont cru que le développement économique et politique de nos sociétés marquerait la disparition de l’Etat. Or, l’économie n’a pas connu et ne connaît pas le développement universel et sans limite que ces intellectuels imaginaient. Au contraire, le développement économique peut déboucher sur des situations chaotiques, comme la crise actuelle nous le rappelle, et cela de manière imprévisible. Dans ce contexte, l’information relative à l’économie revêt un rôle capital.
C’est en se basant sur ce constat que Xavier Leonetti a écrit sa thèse, « Etat, entreprises, Intelligence économique, quel rôle pour la puissance publique ? », présentée et soutenue le 7 novembre 2008. Il perçoit l’Intelligence économique (IE) comme un levier de renouveau de la politique publique, levier qui participe à la réforme de l’Etat. De plus en plus, ce dernier passe de la défense nationale (militaire) à la sécurité nationale (économique), l’économie étant devenue le facteur principal de la puissance.
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