Knowledge management
Management stratégique de l’information
Lundi 23 janvier 2012 | Knowledge management, Veille stratégique | Pas de commentaire
Dans ses travaux de 2003, le professeur Fayard démontre que le cycle consistant à définir des besoins stratégiques, collecter, traiter, analyser et diffuser l’information est un mouvement itératif et presque sans fin. Dans notre société de la connaissance, « les informations, au même titre que le temps, ne peuvent pas plus être arrêtées par une main que l’eau d’une rivière ». C’est pourquoi la valeur intrinsèque et stratégique d’une information pour une entreprise « se situe plus dans le flux que dans le stock ». Finalement, l’information n’a aucune valeur statique, en elle-même ou pour elle-même. C’est bien dans l’échange qu’elle va vivre, se transformer et prendre sens pour les acteurs économiques.
Contrairement aux idées reçues, l’information ne se dégrade pas dans l’échange. La contextualisation et la temporalité sont essentielles. L’information doit être transmise à la bonne personne au bon moment pour prendre de la valeur. Elle inscrit son intelligibilité dans le cadre d’un projet ou d’une séquence stratégique. Et l’utilisateur ultime doit pouvoir se l’approprier pour prendre des décisions. Au final, c’est ce qui différencie le chef d’entreprise du bibliothécaire. Les experts appellent cela le management stratégique de l’information.
L’immatériel: au delà des lignes Maginot
Samedi 23 avril 2011 | Knowledge management, Protection des informations | Pas de commentaire
Selon une étude de 2007 du cabinet Ernest Young, le capital immatériel est devenu la première richesse des entreprises. Dans des secteurs économiques comme le tabac, le luxe, les spiritueux, la pharmacie, les médias, les loisirs et les services aux entreprises la richesse est désormais pour plus de 80% d’origine immatérielle.
Ce capital immatériel est composé par trois dimensions : l’humain, l’organisationnel et le relationnel. Sur le plan humain, il repose sur tout ce qui est dans la tête des salariés : connaissances, compétences, motivations, aptitudes, créativité… Sur le plan organisationnel, il intègre tout ce qui reste dans l’entreprise à la fin de la journée, renforçant « l’efficience organisationnelle » : méthodes de production, processus qualité, procédés de fabrication, bases de données, fichiers clients, propriété intellectuelle, management des connaissances et des hommes… Sur le plan relationnel, il se caractérise par tout ce qui relie l’entreprise à son environnement, notamment par sa capacité à valoriser ses relations avec ses partenaires extérieurs (clients, fournisseurs, investisseurs, partenaires…).
Puisque la richesse immatérielle représente 87% de la richesse nationale en France selon la Banque mondiale, accordons-nous au moins sur un point : la sécurité physique des infrastructures de production n’est plus aussi déterminante ou exclusive que par le passé. Nous devons donc repenser radicalement les règles de la sécurité économique des entreprises en mouvement. Nous devons rompre avec les croyances faussement rassurantes des vieilles lignes Maginot ; intégrer la dynamique des écosystèmes pour protéger nos savoir-faire contre le pillage et la contrefaçon.
Le paradoxe du partage d’information
Dimanche 13 février 2011 | Concepts et conceptions, Knowledge management, Protection des informations, Veille stratégique | 2 commentaires
L’information stratégique est devenue une ressource essentielle des entreprises. En effet, la valeur d’une firme ne réside plus seulement dans son infrastructure productive, ses machines-outils, ses locaux ou ses stocks… Le capital des entreprises est aujourd’hui largement « immatériel ». Il réside désormais dans les savoir-faire, les brevets, les marques, la recherche et développement, les relations clients (CRM), la stratégie commerciale, les réseaux de partenaires, les communautés d’experts, la confiance de parties prenantes…
C’est pourquoi la transmission d’informations est un élément primordial de réussite, un facteur clé de succès pour l’entreprise. Aujourd’hui, les équipes ont besoin d’échanger pour contribuer à la gestion de projet dans une logique de management des connaissances. Une entreprise peut aussi avoir intérêt à diffuser une innovation pour l’ériger au rang de standard.
La diffusion de l’information est donc au cœur d’un paradoxe singulier. Seul le partage d’information permet la création de valeur. Pourtant, ce partage de l’information représente aussi un facteur de vulnérabilité et peut aussi menacer la survie de l’entreprise. L’information peut profiter à la concurrence. Elle peut nuire à la réputation de l’entreprise. Elle peut être instrumentalisée au profit d’organisations malveillantes. Autrement dit, « on ne peut pas ne pas communiquer » mais il est important de savoir à qui l’on parle, à quel moment et surtout… pourquoi ? › Lire la suite
Approcher la concurrence : la stratégie indirecte
Jeudi 16 décembre 2010 | Knowledge management, Renseignement commercial | Pas de commentaire
Dans un précédent post, nous évoquions la « structure utile » délimitée par l’exploration des réseaux sociaux. Cette structure utile peut aussi ouvrir la voie à une approche plus indirecte des concurrents, fondée sur l’ingénierie sociale. Il n’est plus alors question d’entrer directement en contact avec la personne profilée mais de détecter dans son environnement social, professionnel, familial ou amical (avec Facebook « les amis de mes amis sont souvent mes amis »…) des points de contact et donc des points d’entrée chez les concurrents, constituant ainsi un véritable réseau de renseignement humain [1]. La démarche de renseignement ainsi construite consiste à définir des besoins en sources dans différents domaines (technique, commercial, financier…), à localiser des sources potentielles (ciblage), à dresser une liste de personnels intéressants (répertorier, sélectionner), à établir des contacts directs ou indirects, et à amorcer la source ou les sources à partir de tests de production allant de la demande d’informations simples et ouvertes à des demandes d’informations plus pointues et sensibles. Avec ce type de démarche méthodique, les réseaux sociaux offrent l’opportunité de décrypter le réseau de partenaires d’un concurrent ou de se constituer un réseau d’experts… Ces démarches de renseignement humain existaient bien avant le développement des réseaux sociaux, mais elles nécessitaient des actions d’approche souvent longues, délicates et coûteuses. Elles sont aujourd’hui simplifiées. Une approche moins personnelle peut aussi être initiée en tapant le nom de l’entreprise concurrente dans les moteurs de recherche des réseaux sociaux. On voit ainsi se dessiner un véritable réseau de contacts utiles, permettant de constituer un réseau de renseignement humain en auditionnant d’anciens salariés ou d’anciens stagiaires d’un concurrent. › Lire la suite
Réseaux sociaux et salariés zappeurs
Vendredi 12 novembre 2010 | Knowledge management | 3 commentaires
En elles-mêmes, les informations figurant sur les réseaux sociaux ne présentent pas nécessairement de grande valeur ajoutée pour une exploitation concurrentielle. C’est pourquoi elles sont souvent considérées à tort comme anecdotiques. En revanche, elles deviennent plus signifiantes lorsqu’elles sont synthétisées dans une logique de profilage. L’ensemble des informations ainsi collectées sur des cadres clés peut permettre de définir une structure utile et de choisir un scénario d’approche pour le débauchage. Cette possibilité de « faire connaissance » avec les cadres dirigeants et les salariés de la concurrence devient alors une réelle opportunité car elle s’inscrit dans un environnement social dans lequel la relation aux entreprises est de plus en plus individualisée. Le rapport des individus au travail a profondément changé ces dernières années, sous l’influence des impératifs financiers à court terme, du poids des actionnaires, le tout sur fond de crises répétées de l’emploi. La méfiance s’est progressivement installée vis-à-vis de l’entreprise et la légitimité institutionnelle des firmes s’est effritée au profit d’autres valeurs comme l’épanouissement personnel, l’engagement bénévole ou les loisirs. Ce renouvellement des valeurs personnelles se fait en partie au détriment de la stabilité des relations contractuelles engendrant un accroissement du turn-over. Les salariés sont devenus de plus en plus “zappeurs”. Or ce nomadisme professionnel touche prioritairement la tranche des 18-30 ans, qui n’hésitent plus à quitter leur emploi et négocier leur départ, y compris dans des secteurs dans lesquels le chômage est pourtant élevé. Cette tranche d’âge est précisément celle dont la pratique du Web social est la plus active ; celle qui regarde, recherche, contribue et partage sur Internet. Dès lors, les opportunités de contacts via les réseaux sociaux sont accrues pour les chasseurs de têtes et pour la concurrence.
Article paru dans la rubrique Les Clés de l’IE, APS, 12/11/2010
Digital Humanities : des liens pour aller plus loin
Jeudi 30 septembre 2010 | Knowledge management | 2 commentaires
Suite à notre précédent post consacré aux Digital humanities, nous avons réuni quelques liens sur le sujet. N’hésitez pas à nous en fournir de nouveaux pour enrichir cette liste…
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Digital humanities / Centernet
Depuis sa création en avril 2007, Centernet compte plus de 200 membres dans le monde entier et a formé des filiales régionales en Asie-Pacifique, Europe, Amérique du Nord, Royaume-Uni et Irlande. Les initiatives comprennent l’élaboration des possibilités de coopération pour les centres, un plaidoyer pour leur financement, ainsi que des initiatives, des échanges et la création de possibilités de recherche pour les chercheurs et les étudiants.
Les amis de mes amis…
Vendredi 24 septembre 2010 | Knowledge management, Protection des informations | Pas de commentaire
Les conclusions d’une étude du cabinet Sophos de 2009, auprès de 500 entreprises françaises, montrent que 72% des firmes estiment que le comportement de leurs salariés sur les réseaux sociaux peut « mettre en danger la sécurité de leur activité ». Cette étude confirme que les réseaux sociaux sont devenus « l’un des principaux vecteurs pour la fuite de données et le vol d’identifiants » (article sur ZDNet). Des études similaires menées aux Etats-Unis par Proofpoint vont dans le même sens. Même si l’e-mail reste le principal vecteur de fuites de données confidentielles, 25% des entreprises interrogées enquêtent sur la divulgation d’informations confidentielles causées par des messages laissés sur des blogs, des sites de discussions et des réseaux sociaux (article disponible en anglais).
Une expérience récente menée par Bitdefender auprès d’un échantillon de 2000 personnes utilisatrices (toutes professions confondues) des réseaux sociaux consistait à soumettre une « friend request » (« une jeune femme blonde de 21 ans » qui demandait à « devenir ton amie »). Les résultats révèlent que 86% des usagers ayant accepté la demande de cette amie « test » travaillaient dans le secteur des technologies de l’information. La principale justification invoquée pour accepter cette demande était que « c’est une personne charmante » pour 53% des personnes interrogées… Après une demi-heure de test, 10% des utilisateurs ayant accepté la demande communiquaient des informations personnelles comme leur adresse et numéro de téléphone. Deux heures plus tard, 73% commençaient à révéler des informations de nature confidentielle : projet de nouvelles technologies, projets en développement, plans et stratégies (cf. l’article en anglais, sur BitDefender.com).
Ces conclusions montrent que si le Web social permet aux entreprises des détecter des opportunités, il est aussi un facteur de menaces pour le patrimoine informationnel. Autrement dit, les amis de mes amis ne sont pas toujours mes amis…
Article paru dans la rubrique Les Clés de l’IE, APS, 24/09/2010
Digital Humanities : la France s’éveille…
Lundi 20 septembre 2010 | Knowledge management | Un commentaire
Les digital humanities concernent l’ensemble des Sciences humaines et sociales, des Arts et des Lettres. Elles s’appuient sur l’ensemble des paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à ces disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du champ du numérique. Elles se sont multipliées à partir d’expérimentations dans le domaine du numérique en Sciences humaines et sociales depuis un demi-siècle. En effet, le numérique induit une présence plus forte des contraintes techniques et donc économiques dans la recherche ; cette contrainte est aussi une opportunité pour faire évoluer le travail collectif. Au-delà des multiples communautés particulières issues de l’intérêt pour des pratiques, des outils ou des objets transversaux divers (encodage de sources textuelles, systèmes d’information géographique, lexicométrie, numérisation du patrimoine culturel, scientifique et technique, cartographie du web, fouille de données, 3D, archives orales, arts et littératures numériques et hyper médiatiques, etc.), ces communautés sont en train de converger pour former le champ des digital humanities. Délaissant notre inclination pour les champs académiques hyperspécialisés et cloisonnés, la France s’éveille à la fertilisation croisée… La recherche universitaire s’ouvre progressivement à des champs de recherche transversaux déjà largement investis par nos collègues anglo-saxons. Mieux vaut tard que jamais me direz-vous…
L’Intelligence économique en PME/PMI : le bricolage de l’informel
Mercredi 2 juin 2010 | Knowledge management, Lobbying, Veille stratégique | 2 commentaires
Beaucoup d’études réalisées sur les pratiques d’Intelligence économique (IE) en PME/PMI insistent sur la « transférabilité » des méthodes de l’IE des grandes entreprises à ces petites et moyennes entreprises. Lors de la journée de réflexion sur l’Apport de l’Intelligence économique pour la Gouvernance stratégique de l’Entreprise organisée par l’Ecole Nationale Supérieure d’Informatique et d’Analyse des Systèmes (ENSIAS) de Rabat (cf. l’annonce et le bilan succinct que j’avais publiés précédemment à ce sujet), j’ai produit une communication sur ce sujet, dont voici une présentation rapide.
La transférabilité des méthodes de l’IE aux PME/PMI doit prendre en compte les spécificités de taille et de culture managériale propres à des entreprises qui sont autre chose que des « grandes entreprises en miniature ». Prendre acte de ces spécificités, c’est accepter d’adapter les méthodes à la réalité des PME/PMI. On constatera ainsi que trois dimensions viennent caractériser les méthodes de l’IE en PME/PMI :
- D’abord, les méthodes de l’IE doivent être développées sur l’ensemble de l’entreprise, en particulier dans le domaine de la veille. En effet, dans les PME/PMI, les informations sont le plus souvent conservées de manière informelle, « détenues par des individus qui les ont simplement « en tête ». (…) L’enjeu de la veille en PME/PMI est donc essentiellement, pour ne pas dire exclusivement, humain puisqu’il s’agit prioritairement de remédier aux faiblesses d’exploitation des sphères informelles ». De ce fait, au lieu de chercher à développer des « supports informatiques rigides », il s’agit plus modestement de « mobiliser durablement les équipes autour du partage de l’information informelle ».
Gestion de l’information : risquer le partage
Lundi 3 août 2009 | Knowledge management, Protection des informations | Pas de commentaire
L’information est désormais au centre de la vie des entreprises. L’information « opérationnelle » fournit de précieux indicateurs de gestion (tableaux de bord, procédures qualité…) et permet d’enrichir le management de projet (conquête de nouveaux marchés, lancement de nouveaux produits…). L’information stratégique aide à définir les avantages concurrentiels et à assurer la compétitivité des entreprises à long terme (positionnement stratégique). Si nous prenons une image, pour toute organisation l’information est donc à la fois un carburant (c’est-à-dire un moyen) et une étoile (c’est-à-dire un objectif).
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