Intelligence territoriale
Lancement du CRIET « élargi » en Aquitaine
Mercredi 5 octobre 2011 | Actualité de l'IE, Intelligence territoriale, Politique publique | Un commentaire
Le Préfet de la région Aquitaine, Patrick STEFANINI, a officiellement lancé les travaux du Comité Régional d’Intelligence Économique Territoriale (CRIET) dans un format « élargi » aux acteurs sociaux économiques, hier mardi 4 octobre 2011.
Depuis plusieurs années la politique française d’intelligence économique se structure et monte en puissance. Impulsée au plus haut niveau de l’État par un comité directeur placé auprès de la Présidence de la République, pilotée par la délégation interministérielle à l’intelligence économique dirigée par Olivier BUQUEN, son objectif est clairement de contribuer à la croissance de l’économie et à la création d’emplois. Elle est aujourd’hui plus que jamais l’un des volets à part entière de la politique d’appui au développement économique de l’État.
Durant ce comité régional, le Préfet a rappelé les trois priorités de la stratégie française d’intelligence économique définies dans la circulaire du Premier ministre publiée le 15 septembre 2011 :
- mener une veille stratégique sur les évolutions économiques d’intérêt majeur et sur les risques et menaces qui pèsent sur les entreprises et les établissements de recherche ;
- soutenir la compétitivité des entreprises en favorisant une meilleure valorisation de la recherche publique et une plus grande influence de la France dans les enceintes de normalisation et les forums économiques étrangers ;
- garantir la sécurité économique, en prévenant les risques d’ingérence pesant sur les entreprises françaises et les établissements de recherche.
Le préfet de région a également demandé une mobilisation de l’ensemble des acteurs (administrations, opérateurs, pôles de compétitivité, etc.) sur cette thématique prioritaire et clé pour la compétitivité de l’industrie française. Il a confié la mission au préfet délégué à la zone de défense, Marc BURG, en s’appuyant sur la Direction zonale du renseignement intérieur et la Direction Régionale des Entreprises de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (DIRECCTE) de piloter ce dispositif qui repose avant tout sur un partage étroit d’informations souvent sensibles et un travail commun coordonné entre les différentes administrations de l’État. Cette première réunion a associé les acteurs publics (services de l’État sous l’égide du préfet de région), les acteurs économiques (Pôles de compétitivité, Chambres consulaires, INPI, Ubifrance, entreprises, OSEO, CDC) ainsi que les Universités.
Sécurité économique des pôles de compétitivité
Mercredi 28 septembre 2011 | Actualité de l'IE, Intelligence territoriale, Politique publique, Protection des informations | Pas de commentaire
Le Ministre de l’industrie vient d’annoncer qu’il souhaite faire de la sécurité économique une priorité stratégique pour les pôles de compétitivité. L’Etat entend ainsi créer un nouveau label « Intelligence économique des pôles », dont les critères pourraient être inclus dans les futurs contrats de performance des pôles.
Cette décision fait suite à divers audits qui révèlent de graves insuffisances dans la gouvernance et la gestion des pôles de compétitivité. Trois types des risques sont répertoriés comme la dissémination non-intentionnelle des informations, le manque de protection des systèmes d’information (SSI) et l’absence de sensibilisation des salariés aux problématiques de sécurité économique. Pour obtenir ce label, les clusters devront engager des actions : programmer des formations à l’intelligence économique, renforcer la sécurité de leurs systèmes d’information ou encore mettre en place des « certificats de sécurité économique » pour les salariés les plus exposés. Plus généralement, les pôles de compétitivité vont donc devoir calquer leurs pratiques sur les standards internationaux de protection des informations.
Ces mesures spécifiques applicables aux pôles de compétitivité seront vraisemblablement suivies d’une nouvelle législation plus générale sur la protection du « secret des affaires ». A l’instar du Cohen Act aux Etats Unis, il s’agit d’instaurer un niveau « confidentiel entreprise », comme il existe un niveau « confidentiel défense ». Les entreprises pourraient alors choisir d’estampiller certains documents stratégiques, commerciaux, scientifiques ou financiers. Cette classification « confidentiel entreprise » serait alors opposable et la divulgation de documents constituerait une infraction pénale.
Un Etat « stratége, protecteur et offensif »…
Dimanche 15 mai 2011 | Actualité de l'IE, Intelligence territoriale, Politique publique | Pas de commentaire
Les services de la DIRRECTE et la CCI de Bordeaux organisaient une conférence-débat sur le thème « Veillez futé » le 3 Mai dernier. Cette rencontre a permis aux décideurs publics et privés de prendre connaissance des dernières orientations de la politique publique d’intelligence économique. Le représentant du Coordinateur ministériel à l‘intelligence économique M.Rochet a rappelé les trois axes prioritaires du gouvernement en matière d’intelligence économique. Pour résumer son propos, nous pourrions dire que l’Etat entend se positionner à la fois comme « stratège », « protecteur » et «offensif »…
- Un « État stratège » doit « veiller sur les défis de l’économie de demain ». Il s’agit d’identifier les secteurs en développement et d’encourager une lecture prospective de la mondialisation. L’innovation, la géostratégie de l’eau, les matières premières, l’économie numérique, les transports représentent autant de secteurs essentiels pour les emplois de demain.
- Un « État protecteur » doit renforcer la sécurité des entreprises et des établissements de recherche, pour éviter le pillage du patrimoine scientifique et technologique. Ce type d’action se traduit en Région par un impératif de sécurisation des pôles de compétitivité.
- Un « État offensif » doit soutenir la compétitivité des entreprises françaises, notamment en appuyant les PME/PMI vers l’exportation. Sur ce terrain, la France dispose de nombreux acteurs opérationnels : missions économiques, UBIFRANCE, réseaux consulaires… L’enjeu majeur pour les pouvoirs publics consiste à faire travailler en synergie ces multiples organismes. L’émergence d’un partenariat public/ privé ne peut reposer au final que sur une condition préalable : celle de décloisonner les missions des acteurs publics.
Au final, l’action des pouvoir publics en Aquitaine consiste à délaisser un schéma d’organisation trop rigide et verticalisée. Désormais, l’Etat invite les entreprises à « penser résolument en réseaux »… Et les services de l’Etat regroupés au sein du Comité régional d’intelligence économique et territoriale (CRIET Aquitaine) montrent l’exemple. Ils s’engagent tous ensemble pour promouvoir l’intelligence économique…
IE: matière « obligatoire »
Vendredi 11 mars 2011 | Formation, Intelligence territoriale, Politique publique | Pas de commentaire
L’intelligence économique, définie comme la maîtrise et la protection de l’information stratégique pour tous les décideurs publiques et privés, fait l’objet d’une politique publique. Les nouvelles orientations ont été arrêtées en fin d’année 2010 sur proposition du délégué interministériel à l’intelligence économique Olivier Buquen. L’action publique dans ce domaine se développe au niveau national mais aussi au niveau territorial en Aquitaine, dans le cadre du Comité Régional d’Intelligence Economique et Territoriale (CRIET). Elle intègre également plusieurs axes de travail dont celui de la formation à l’intelligence économique. La France s’est ainsi dotée en 2005 d’un référentiel de formation d’enseignement supérieur dans ce domaine.
Le gouvernement vient d’annoncer que l’’intelligence économique va devoir s’insérer comme matière obligatoire dans le parcours de formation des étudiants français, entre les cours de gestion, de marketing et de finance. Le gouvernement se donne pour objectif qu’aucun diplômé en licence (niveau Bac +3) ne quitte les bancs de l’Université sans connaître le concept d’intelligence économique. A partir de 2013, pas de diplôme donc sans une sensibilisation obligatoire à la veille concurrentielle à partir des informations ouvertes et disponibles légalement. Cet aspect de veille sera complété par une initiation à la protection du patrimoine de l’entreprise (propriété intellectuelle, brevets, marques, sécurité des systèmes informatiques) et la découverte des techniques d’influence, c’est-à-dire l’art d’orienter l’information pour en tirer un avantage concurrentiel (par exemple, pour gagner des marchés ou pour promouvoir sa marque auprès des consommateurs).
En utilisant le levier de la formation, la France pourrait ainsi sensibiliser des générations de nouveaux managers aux pratiques de l’intelligence économique. L’intelligence économique reposant sur une véritable culture de l’information, ce serait alors un immense progrès pour nos entreprises.
CRIET : l’Etat stratège en Aquitaine ?
Vendredi 9 juillet 2010 | Intelligence territoriale, Politique publique | Pas de commentaire
Depuis 2005, l’Etat français déploie et anime une politique publique d’Intelligence économique. Cette politique publique est organisée en Aquitaine au sein du Comité Régional d’Intelligence Economique et Territoriale (CRIET) placé sous la présidence du Préfet de Région. A l’instar de nombreux pays, la France entend ainsi protéger ses savoir-faire sensibles et préserver le patrimoine scientifique et technologique de ses entreprises. Un tel dispositif national d’Intelligence économique plonge nécessairement ses racines dans notre culture nationale pour caractériser l’interaction entre secteur public et secteur privé.
Les faits marquants de notre histoire nationale déterminent un répertoire de succès et d’échecs qui façonnent notre système de représentation. Notre relation à un environnement concurrentiel mondialisé détermine notre conception de l’ouverture aux autres et une certaine idée de notre place dans le monde. Notre conception du rôle de l’Etat dans l’économie détermine le périmètre d’intervention des pouvoirs publics et la légitimité à agir dans le secteur privé. Nos pratiques managériales déterminent notre cadre d’organisation et la logique d’intervention des services de l’Etat au profit des entreprises.
Pour réussir, un dispositif national d’Intelligence économique doit à la fois “donner du sens” au régalien et insuffler une dynamique de coopération public/privé. Chaque dispositif national d’Intelligence économique se révèle profondément marqué par une culture endogène, qui doit permettre l’émergence d’un Etat stratège capable de mobiliser les acteurs et les ressources des territoires.
Article paru dans la rubrique Les Clés de l’IE, APS, 09/07/2010
« CRIE : l’Etat monte la garde !… » (Reportage de France 24)
Lundi 2 novembre 2009 | Intelligence territoriale, Politique publique | Pas de commentaire
France 24 a mis en ligne un reportage sur l’action conduite sur le terrain par les Ministères de l’Economie et du Budget, et illustrant l’implication des services de l’État au niveau territorial (j’ai déjà présenté le site du Service de Coordination à l’Intelligence économique récemment). Le journaliste Ali Laïdi interroge Cyril Bouyeure, Coordonnateur Ministériel à l’Intelligence Economique (CMIE), aux Ministères de l’Economie et du Budget.
Au cours du reportage en PACA, Marc Frenger, l’homme de l’Intelligence économique à Marseille, présente sa mission. En visite à la Comex, une PME marseillaise spécialisée dans l’ingénierie et l’exploration sous-marine, il est accompagné de son alter ego du Ministère de l’Intérieur, Laurence Gasnier. Tous deux vont conseiller les dirigeants de la Comex dans des domaines divers comme la sécurité, la compétitivité ou encore l’innovation. L’action du CRIE (Conseiller Régional à l’Intelligence Economique) ne s’arrête pas là. Il se rend également au pôle de compétitivité Mer PACA de Toulon, un centre économique stratégique. L’Etat compte dessus pour favoriser l’innovation. Le pôle Mer de Toulon regroupe 255 membres dont deux tiers d’entreprises et un tiers de chercheurs qui développent des projets ensemble.
Où se situe le marché ? Quelle est sa taille ? Comment se placer par rapport à la concurrence ? Le chargé de mission apporte au pôle des informations précieuses. Des conseils stratégiques qui s’accompagnent aussi et surtout de recommandations de prudence. Selon Marc Frenger, « le pôle de compétitivité, c’est un formidable outil de promotion de nos entreprises à l’international, mais évidemment c’est également un drapeau pour des intérêts étrangers qui pourraient être intéressés par le capital immatériel, le patrimoine immatériel de nos entreprises pour d’éventuelles prédations ». Une guerre économique dont les PME sont les premières victimes. Face à une concurrence accrue et des pratiques déloyales, l’Etat ne compte pas les abandonner.
Etat, entreprises, Intelligence économique, quel rôle pour la puissance publique ?
Vendredi 20 mars 2009 | Intelligence territoriale, Note de lecture, Politique publique | Pas de commentaire
Les tenants du libéralisme absolu ont cru que le développement économique et politique de nos sociétés marquerait la disparition de l’Etat. Or, l’économie n’a pas connu et ne connaît pas le développement universel et sans limite que ces intellectuels imaginaient. Au contraire, le développement économique peut déboucher sur des situations chaotiques, comme la crise actuelle nous le rappelle, et cela de manière imprévisible. Dans ce contexte, l’information relative à l’économie revêt un rôle capital.
C’est en se basant sur ce constat que Xavier Leonetti a écrit sa thèse, « Etat, entreprises, Intelligence économique, quel rôle pour la puissance publique ? », présentée et soutenue le 7 novembre 2008. Il perçoit l’Intelligence économique (IE) comme un levier de renouveau de la politique publique, levier qui participe à la réforme de l’Etat. De plus en plus, ce dernier passe de la défense nationale (militaire) à la sécurité nationale (économique), l’économie étant devenue le facteur principal de la puissance.
Pôles de compétitivité et sécurité économique
Samedi 14 mars 2009 | Intelligence territoriale, Politique publique, Protection des informations | Pas de commentaire
L’intelligence économique fait partie intégrante des dépenses publiques dédiées aux pôles de compétitivité (à hauteur de 2 millions d’euros). Les pouvoirs publics ont donc invité chaque pôle à se doter d’un « correspondant en sécurité économique » pour prévenir les fuites d’informations stratégiques. Mais au niveau des pôles de compétitivité une telle démarche s’avère nécessairement complexe à mettre en œuvre.
Premièrement, parce qu’il faut d’abord délimiter un « périmètre de souveraineté » pour fixer des priorités (on ne peut pas tout protéger). Or tout ce qui stratégique pour un pôle de compétitivité n’est pas forcement stratégique pour l’Etat (et inversement !). Deuxièmement, parce que les pôles sont organisés en clusters pour favoriser les échanges transversaux. Ils associent donc des partenaires de cultures différentes : PME / PMI et grandes entreprises, chercheurs publics et privés, institutions françaises et étrangères. Sans sombrer dans la paranoïa, il faut reconnaitre que l’émergence de projets coopératifs de dimension internationale multiplie les niveaux d’interfaces et les risques.
Enfin, la logique d’une politique industrielle comme celle des pôles de compétitivité est fondée sur l’affichage de l’excellence française. En communiquant la carte des pôles, nous donnons à voir nos forces et nos faiblesses. Nous dévoilons nos axes de recherche. Des observateurs étrangers pourraient être tentés de combler leurs lacunes par des transferts de technologies. La valorisation des savoir-faire est à la fois une opportunité et une menace.
Article paru dans Aquitaine Presse Services (APS) « Les clefs de l’IE », N°1662
Business intelligence à la française
Vendredi 12 septembre 2008 | Intelligence territoriale, Politique publique | Pas de commentaire
La France s’est engagée dans une véritable politique publique d’intelligence économique (IE). Cette politique mobilise, sur le terrain, de nombreuses administrations publiques (Minefi, SGDN, DST…). Dans sa dimension territorialisée, elle a pour objectif, dans chaque région française, de protéger les savoir-faire de nos PMI-PME. Au-delà de l’hétérogénéité des différentes pratiques régionales, une telle politique publique d’intelligence économique traduit nécessairement un rapport particulier entretenu par les chefs d’entreprise français avec leur administration. Dans les pays de culture anglo-saxonne, l’administration économique est littéralement mise à disposition des entreprises. Au Japon, le ministère de l’industrie, le célèbre MITI, appuie les grands groupes industriels dans la conquête des marchés internationaux. Et bien d’autres pays ont intégré l’apport de réseaux d’action publique conduisant à un véritable partenariat entre des acteurs publics et privés. Pour le cas français, même si des progrès indéniables sont enregistrés, il existe toujours une certaine méfiance entre les entreprises et les administrations. Les chefs d’entreprise ont toujours un peu de mal à s’adresser aux administrations publiques comme à des alliés. Dans une première phase, l’Etat a surtout encouragé les actions de formation et de sensibilisation dans des domaines stratégiques, afin que les chefs d’entreprise s’approprient le concept d’intelligence économique. Une seconde phase dite de “maturité” devrait conduire à l’appropriation des outils de management de l’information et au développement des bonnes pratiques. Car l’intelligence économique ne trouvera sa légitimité définitive que dans la performance compétitive des PMI-PME. Elle doit permettre de passer à l’offensive, d’accroître le chiffre d’affaires et de conquérir de nouveaux marchés. C’est pourquoi, avec moins de fausse pudeur que nous, les Américains préfèrent parler de “business intelligence”.
Jacques Breillat
Article paru le 12-09-2008 dans APS N°1637 – Les clefs de l’intelligence économique
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