Archive du 2007
Dura lex, sed lex
Vendredi 14 décembre 2007 | Protection des informations | Pas de commentaire
L’intelligence économique se conçoit comme la maîtrise des informations stratégiques utiles aux chefs d’entreprise. Parmi cette somme d’informations collectées, les informations juridiques disposent d’un statut particulier. D’abord parce qu’elles doivent permettre à l’entreprise de gagner en justice ou d’échapper à des procédures. Ensuite parce qu’elles favorisent la protection de son patrimoine immatériel (savoir-faire, marketing, qualité…). Ces informations juridiques alimentent donc un système d’expertise spécifique.
Les chefs d’entreprise s’intéressent aux informations juridiques à travers deux domaines principaux. Le droit du travail qui demande aux spécialistes de ressources humaines d’anticiper sur les conflits sociaux, de prémunir l’entreprise contre les indiscrétions (clause de confidentialité) ou la concurrence déloyale (clause de non concurrence). Le droit commercial qui intervient en phase de croissance externe, lors du rapprochement entre deux sociétés (confidentialité des échanges entre les parties) mais aussi dans la négociation des contrats (due diligence).
Comme le souligne l’avocat Thibaut Manoir de Juaye (voir le site Intelligence juridique), l’intelligence dite “juridique” répond à trois défis majeurs. La judiciairisation de la société implique d’organiser la circulation de l’information avant, pendant et après le procès. L’émergence du capital immatériel de l’entreprise impose des stratégies complexes de protection (portefeuille brevet, marques…). Enfin, le périmètre de l’entreprise se modifie sous la pression concurrentielle et l’entreprise “étendue” doit désormais sécuriser ses alliances commerciales.
Jacques Breillat
Article paru le 14-12-2007 dans APS N°1604 – Les clefs de l’intelligence économique
Compréhension et compétence
Vendredi 23 novembre 2007 | Knowledge management, Veille stratégique | Pas de commentaire
Les concepteurs de l’intelligence économique en France ont conféré un double sens à l’appellation. Le sens anglo-saxon, dans lequel intelligence signifie information et renseignement. Le sens français qui veut dire compréhension. Cette précision sémantique serait sans intérêt si l’on oubliait qu’une information n’a précisément aucun sens pertinent sans être rapportée à son contexte de marché ou de concurrence. La valeur ajoutée d’une information dépend donc d’une mise en perspective avec l’environnement économique. Derrière cette évidence se dissimulent de sérieux obstacles. En effet, la mondialisation économique brouille les repères et redistribue les cartes. La fluidité des rapports de force et la rapidité des reconfigurations soumettent le chef d’entreprise à un exercice singulier. Il doit à la fois arrêter une stratégie, fixer un objectif et faire tout cela en mouvement. C’est un peu comme si on faisait un “arrêt sur image” dans une salle obscure en ayant déjà programmé un “happy end”…
Mais au delà de la complexité du monde, il y a un défi de mesure. Comment prétendre comprendre des informations du métier sans être spécialiste de la question ? Comme l’affirmait récemment Henri Martres dans une tribune remarquée : “Pour comprendre l’information, il faut être compétent”. Sans grille de traitement et d’analyse, l’intelligence économique se résume à une démarche de collection des données. Or la “quantophrénie” et le stockage des données n’ont jamais produit de sens utile pour la prise de décision.
Jacques BREILLAT
Article paru le 23-11-2007 dans APS N°1601 – Les clefs de l’intelligence économique
Calomniez, calomniez…
Vendredi 9 novembre 2007 | Protection des informations | Pas de commentaire
Dans une enquête de 2003, les chefs d’entreprise pointaient la désinformation comme le principal risque en matière économique. Les spécialistes d’Intelligence économique savent que la compétition économique est aussi une compétition “par” l’information.
La désinformation comporte des intensités variables allant du simple bruit à la rumeur orchestrée. Certains secteurs industriels sont très vulnérables : défaut de sécurité d’une automobile, effets indésirables d’un médicament, allergie à un produit alimentaire ou cosmétique… Le domaine des services n’échappe pas non plus aux bruits : lenteur de remboursement d’un assureur, voyage mal organisé, dépassement de devis… Mais les bruits naissent le plus souvent dans l’environnement proche de l’entreprise auprès de ses fournisseurs, de ses partenaires et de ses clients. Ainsi, des sous-entendus perfides sur le dépôt de bilan imminent d’un concurrent auprès de son banquier. Le banquier décide de “fermer le robinet” et pour finir… le concurrent dépose son bilan. Les Anglo-Saxons appellent cela “a self fullfilling prophecy”, une prophétie auto réalisatrice.
On le voit, la rumeur reste “le plus vieux média du monde”, même si elle dispose aujourd’hui de caisses de résonance plus sophistiquées. Dans une société de la connaissance, on s’attaque à la réputation de l’entreprise, à la valeur de ses marques, c’est-à-dire à son patrimoine immatériel. Certes, on apportera une réponse judiciaire par une plainte en diffamation. On recherchera les coupables. On s’évertuera à faire taire les bruits en communiquant. Malheureusement dans un récent sondage, 80% des français se disaient d’accord avec l’expression “il n’y a pas de fumée sans feu”. Alors calomniez, calomniez… On connaît bien la morale de l’histoire…
Jacques BREILLAT
Article paru le 09-11-2007 dans APS N°1599 – Les clefs de l’Intelligence Economique
Norme technique ou “soft Law” ?
Vendredi 26 octobre 2007 | Politique publique, Protection des informations | Pas de commentaire
La normalisation industrielle permet d’élaborer des référentiels destinés à harmoniser l’activité d’un secteur donné. Par exemple, la transformation des produits agroalimentaires répond à des règles strictes en matière de contrôle qualité et de traçabilité. En apparence, la normalisation contribue à rationaliser les pratiques professionnelles. Dans les faits, les spécialistes d’Intelligence économique insistent sur la dimension “stratégique” de ces normes internationales.
Premièrement, les normes sont discriminantes au niveau des marchés. Synonymes de gage de qualité pour les consommateurs, elles permettent aussi de hiérarchiser les entreprises selon leurs capacités à appliquer de nouvelles régulations. Deuxièmement, les normes s’utilisent comme des obstacles non tarifaires à la libre circulation des produits et des services. Elle peuvent donc également être des outils de protectionnisme économique très efficaces. Enfin, les normes constituent un véritable instrument d’influence dans les relations internationales. Les membres des organisations de normalisation cherchent à imposer leur vision du monde et à conforter leur propre stratégie de conquête et de protection des marchés.
Joseph Nye qualifie justement de “soft law” l’ensemble de ces normes qui structurent désormais les rapports de force économiques. Dans un tel contexte, le chef d’entreprise devra se préparer aux changements et apprendre à repérer les signaux faibles, ces messages annonciateurs d’évolutions plus profondes. Cet enjeu là n’est pas technique, il est indéniablement stratégique !
Jacques BREILLAT
Article paru le 26-10-2007 – dans APS N°1597 - Les clefs de l’Intelligence Economique
Le paradoxe des pépites
Vendredi 12 octobre 2007 | Politique publique, Protection des informations | Pas de commentaire
Dans un récent rapport, l’association française pour les investissements internationaux (AFII) explique que la France a profité massivement en 2006 d’investissements étrangers. 40 000 emplois ont été créés par des capitaux étrangers. Les fusions acquisitions s’accélèrent. 47% du capital des entreprises du CAC 40 appartient désormais à des non résidents. La France possède des atouts reconnus : une population bien formée et productive, des infrastructures de qualité au cœur du plus grand marché du monde, une économie innovante dans des secteurs de pointe comme l’aéronautique, les nanotechnologies et la santé.
Pour autant ces mouvements inquiètent les pouvoirs publics. Les spécialistes en intelligence économique soulignent la nécessité de mieux protéger nos PME-PMI innovantes, véritables “pépites”, contre des financiers parfois prédateurs. On se souvient de l’affaire Gemplus, le leader de la carte à puce avait été racheté par le fond Carlyle, fond abondé par la CIA. Pour faire face aux défis du capitalisme financier, l’Etat français s’est doté d’une législation plus restrictive à l’instar de ses homologues européens. Dans 11 secteurs stratégiques, les investissements sont désormais soumis à autorisation préalable de l’Etat.
C’est un des nombreux paradoxes de la mondialisation. L’intelligence économique développe des outils pour rendre nos entreprises de plus en plus compétitives. Et c’est justement cette compétitivité retrouvée qui rend ces mêmes entreprises plus attractives pour les fonds d’investissement étrangers. Dans ce contexte, chaque coup d’avance se révèle donc “inexorablement provisoire”.
Jacques BREILLAT
Article paru le 12-10-2007 dans APS N°1595 – Les clefs de l’Intelligence Economique
De la supériorité de l’informel
Vendredi 11 mai 2007 | Concepts et conceptions, Veille stratégique | Pas de commentaire
Parmi la masse d’informations économiques en circulation, on distingue les informations dites “formelles” des informations dites “informelles”. Les sources d’informations formelles sont toujours inscrites sur un support qu’il soit papier, filmographique ou informatique. Entre la presse spécialisée, la télévision, la radio, les banques de données, les brevets, les informations légales et les études publiées… Le chef d’entreprise n’aura donc que l’embarras du choix.En revanche, l’accès aux sources “informelles” est plus problématique. En matière informelle, le décideur économique doit être “pro actif” en interrogeant des concurrents, des partenaires ou des fournisseurs. Ainsi, on pourra se rendre dans des colloques, des congrès ou des salons. Certains feront jouer leurs réseaux personnels pour obtenir la bonne information au bon moment. D’autres iront jusqu’à organiser des entretiens de recrutement pour débriefer les cadres de la concurrence. L’imagination est ici sans limite, mais attention !En intelligence économique, le renseignement humain demeure une activité délicate. On prétend que “les grands secrets ne sont écrits nulle part”. Pour cette raison, la collecte d’informations informelles offre indéniablement une valeur ajoutée bien supérieure à celle des informations formelles. Elle n’est pas pour autant sans risque. Le chef d’entreprise devra agir avec méthode, tact et discrétion en restant dans un cadre strictement légal.
Jacques Breillat
Article paru le 11-05-2007 dans APS N°1578 – Les clefs de l’Intelligence Economique
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