Concepts et conceptions
« L’effet Streisand »: le boomerang 2.0
Mardi 14 juin 2011 | Concepts et conceptions | Pas de commentaire
Pour défendre leur E-reputation sur le Web, les entreprises sont souvent tentées d’emprunter la voie judiciaire. Elles exigent alors devant les tribunaux de faire supprimer certains contenus litigieux auprès des hébergeurs en ligne. Cette démarche de défense des droits peut paraître à la fois légitime et naturelle, pour autant elle n’est pas toujours opportune…
En 2003, la chanteuse Barbara Streisand lance une action judiciaire afin de faire supprimer une photo aérienne de sa propriété. Cette photo figurait sur un site plutôt mal référencé, qui collectait des images de la côte californienne dans un objectif d’information géographique. Résultat : la médiatisation entourant la procédure judiciaire de Barbara Streisand fut si forte, que la photo passée jusqu’alors inaperçue, fut en quelques jours visionnée par des milliers d’internautes. Cette affaire eut un tel retentissement symbolique qu’elle est aujourd’hui connue des spécialistes sous « l’effet Streisand » (une version 2.0 de « l’effet boomerang »).
Avant d’engager une contre-attaque judiciaire pour défendre sa E-reputation, il faut impérativement évaluer la réalité de la menace. Si le forum ou le blog incriminé sont des supports « confidentiels » autant ne pas réagir. Si l’auteur n’est pas malveillant et ne dispose pas d’une forte notoriété autant ne pas réagir. En effet, il n’est pas opportun stratégiquement de transformer un illustre inconnu en victime ou d’adopter une position « défensive » tendant à lui donner de la crédibilité. Chacun connait la sagesse de l’adage romain De minimis non curat praetor, nous invitant à ne pas débaucher d’énergie pour une cause finalement insignifiante…
Curateur digital : les aiguilleurs du Web !
Vendredi 27 mai 2011 | Actualité de l'IE, Concepts et conceptions | Un commentaire
Le Web 2.0 bouge et il bouge plutôt vite… En 2009, nous avions largement débattu de l’e-reputation, notamment sur le fait de savoir s’il existait vraiment une forme endogène de réputation numérique. En 2010, nous avions vu apparaître la figure du community manager, ce professionnel capable à la fois de comprendre les enjeux marketing et les différents leviers des médias sociaux pour créer, fidéliser et gérer des communautés online.
Et bien 2011 sera l’année… du «Curateur digital » ! (digital curator), ce professionnel chargé de synthétiser, d’analyser et distribuer l’information collectée sur le Web dans une forme adaptée aux destinataires. Comme le souligne Xavier de Mazenod « sélectionner les sources et les contenus pertinents sur un sujet, les synthétiser et les éditorialiser est un travail à forte valeur ajoutée, à la frontière du journalisme, de la documentation, du knowledge management et de la veille ».
Dans une société de l’infobésité et de la connaissance, la médiation de moteurs de recherches ou de personnes (curateurs) doit permettre à chacun d’avoir enfin rendez-vous avec l’information qui le concerne. Aussi, on voit se dessiner les fonctions du Curateur digital en entreprise comme celle d’un « agent ou tiers facilitateur », capable de diffuser la bonne information au bon moment et aux bonnes personnes. On connaissait les « aiguilleurs du ciel », place désormais aux « aiguilleurs du Web ».
Spin Doctor: la fabrique de l’opinion ?
Lundi 11 avril 2011 | Concepts et conceptions, Lobbying | Pas de commentaire
L’intelligence économique s’intéresse à la maîtrise et à la protection des informations stratégiques utiles aux décideurs publics et privés. Pour autant, l’intelligence économique ne délaisse pas la réflexion sur les logiques d’influence, celles qui consistent à utiliser l’information pour promouvoir des intérêts économiques (lobbying, public affairs) ou pour mettre un concurrent en difficulté (désinformation, buzz).
Dans le champ de l’influence, certains experts tiennent une place à part. Ils sont appelés les « spin doctors ». Ces spécialistes élaborent des plans d’action pour modeler l’opinion publique. Ces professionnels sont parfaitement rompus aux techniques de l’art de raconter des histoires (storytelling). A l’heure du Web 2.0, les spin doctors sont des créateurs d’images, des producteurs de slogans et des marchands de symboles.
Le spin doctor se présente le plus souvent sous le visage rassurant et affable du spécialiste de relations publiques ou de marketing. Il est doté de deux qualités professionnelles essentielles. Premièrement, le spin doctor est un stratège qui sait définir des axes de travail et articuler l’action de terrain. Deuxièmement, il est un « médiologue » qui sait manipuler les codes sociaux et choisir les bons vecteurs d’expression. On traduit littéralement le terme de spin doctor par « Docteur Folimage ». En effet, le génie de ces professionnels de la communication est d’instiller « le bon message, au bon moment » pour rencontrer le temps social. La démarche n’est pas très morale. Certains parlent même de manipulation. Mais pour les spin Doctors: « l’opinion publique ne reçoit que l’information avec laquelle elle a rendez-vous ».
A propos de l’intuition stratégique
Jeudi 10 mars 2011 | Concepts et conceptions | Pas de commentaire
La démarche d’intelligence économique fonde sa plus value sur la capacité des acteurs à articuler la veille stratégique avec la prise de décision. Il s’agit, à partir d’une démarche itérative et continue d’apporter aux décideurs publics et privés, la « bonne information au bon moment ». La clé de lecture de l’intelligence économique est donc largement dominée par le paradigme de la rationalité décisionnelle. Elle repose sur la croyance selon laquelle « plus je suis informé » et « mieux je suis informé », plus ma prise de décision sera optimale. Il y aurait donc une sorte de corrélation mécanique, induite entre le volume d’information traitée dans la séquence décisionnelle et la qualité de la décision finale.
En y regardant de plus prés, cette idée peut s’avérer erronée, voire dangereuse. Elle peut provoquer une confusion entre les moyens de collecte et la finalité stratégique. Ce n’est pas parce que je suis bien informé au bon moment que je vais fatalement prendre la bonne décision. Chaque acteur « en situation » est soumis aux influences systémiques, aux distorsions cognitives et aux enjeux de l’organisation au sein de laquelle il évolue. › Lire la suite
Transformer la bave d’escargot en or !
Vendredi 4 mars 2011 | Concepts et conceptions, Veille stratégique | Pas de commentaire
Le monde du marketing sur le Web est résolument entré dans l’ère du ciblage comportemental, le fameux Behavorial targeting. Après des années d’attachement au marketing contextuel, les nouveaux modèles publicitaires se sont désormais tournés vers le ciblage en ligne. Il s’agit d’adapter finement les offres publicitaires aux requêtes des internautes. « Dis-moi où tu surfes, je te dirai ce que tu vas acheter », tel pourrait être l’adage du ciblage comportemental.
La différence fondamentale entre le modèle contextuel et le modèle comportemental réside dans l’exploitation de l’historique des surfs des internautes. Le ciblage contextuel s’inscrivait dans l’immédiateté, en envoyant mécaniquement un lien sponsorisé (type bandeau ou pop up…) en adéquation avec la visite de site. Le ciblage comportemental mise sur la durée, en conservant une mémoire de l’historisation des surfs des internautes. Les historiques sont patiemment stockés en base de données, dans l’objectif d’une réutilisation en différée. Ainsi votre intérêt pour la gastronomie, la mode, le sport ou la bourse pourront être repris avec un effet retard et parfois même recontextualisés si nécessaire. › Lire la suite
Information implicite : la valeur révélée et dévoilée
Vendredi 25 février 2011 | Concepts et conceptions | Pas de commentaire
L’intelligence économique s’intéresse particulièrement à la collecte et à l’exploitation de l’information dite « implicite ». En effet, la valeur ajoutée de cette information n’est pas explicitement donnée en amont. Elle nécessite pour l’analyste de déployer des savoir-faire spécifiques : déductions, interprétations personnelles, rapprochements, constructions de liens logiques (inteligere).
La collecte d’informations implicites peut résulter d’une démarche d’ingénierie sociale et du traitement de sources humaines. Un exemple est souvent donné à travers la technique de l’entretien leurre dit « interrogatoire du déserteur ». Sous prétexte d’un faux entretien d’embauche, le pseudo recruteur fait miroiter une offre d’emploi alléchante de nature à délier les langues des meilleurs candidats. Sans être éthique, ce type de démarche se révèle particulièrement efficace afin de recueillir et de recouper de précieuses informations sur la concurrence. De même, les spécialistes d’intelligence économique traquent l’information implicite en déployant des outils d’analyse de bases de données. Ces opérations d’extraction et de rapprochement sur des bases de données de brevets ou d’articles scientifiques vont permettre d’identifier de véritables réseaux de Recherche. On matérialisera que certains chercheurs influents sont situés à la jonction de plusieurs équipes de recherche. On identifiera aussi que certains auteurs sont incontournables sur certains sujets.
Au final, qu’elle résulte de sources humaines ou du data mining, la création de valeur à partir de l’information implicite ne sera révélée et pour ainsi dire « dévoilée » qu’au terme d’opérations complexes de traitement.
Article paru ce jour dans APS
Le paradoxe du partage d’information
Dimanche 13 février 2011 | Concepts et conceptions, Knowledge management, Protection des informations, Veille stratégique | 2 commentaires
L’information stratégique est devenue une ressource essentielle des entreprises. En effet, la valeur d’une firme ne réside plus seulement dans son infrastructure productive, ses machines-outils, ses locaux ou ses stocks… Le capital des entreprises est aujourd’hui largement « immatériel ». Il réside désormais dans les savoir-faire, les brevets, les marques, la recherche et développement, les relations clients (CRM), la stratégie commerciale, les réseaux de partenaires, les communautés d’experts, la confiance de parties prenantes…
C’est pourquoi la transmission d’informations est un élément primordial de réussite, un facteur clé de succès pour l’entreprise. Aujourd’hui, les équipes ont besoin d’échanger pour contribuer à la gestion de projet dans une logique de management des connaissances. Une entreprise peut aussi avoir intérêt à diffuser une innovation pour l’ériger au rang de standard.
La diffusion de l’information est donc au cœur d’un paradoxe singulier. Seul le partage d’information permet la création de valeur. Pourtant, ce partage de l’information représente aussi un facteur de vulnérabilité et peut aussi menacer la survie de l’entreprise. L’information peut profiter à la concurrence. Elle peut nuire à la réputation de l’entreprise. Elle peut être instrumentalisée au profit d’organisations malveillantes. Autrement dit, « on ne peut pas ne pas communiquer » mais il est important de savoir à qui l’on parle, à quel moment et surtout… pourquoi ? › Lire la suite
Le monde tel qu’il est…
Samedi 29 janvier 2011 | Concepts et conceptions | Pas de commentaire
Comme le disait le philosophe Sénèque « Il n’est nul vent favorable pour celui qui ne sait où il va ». Quel que soit l’objectif opérationnel de l’entreprise: protéger ses informations stratégiques et ses savoir-faire, influencer son environnement, surveiller les acteurs et les manœuvres de la concurrence ; la question centrale de l’intelligence économique demeure celle de l’intention stratégique des décideurs publics ou privés. Cette question se pose avec une acuité particulière et précision essentielle. En intelligence économique, l’information que nous évoquons est nécessairement collectée légalement et son utilisation doit répondre à une certaine éthique des affaires.
Des affaires récentes comme celle de l’espionnage économique chez Renault nous montrent qu’il existe des logiques offensives d’espionnage et des techniques de manipulation permettant de soustraire et de subtiliser de l’information à forte valeur ajoutée. Ces techniques offensives intéressent l’intelligence économique sous l’angle de la prévention des risques. Elles entrent dans son domaine d’analyse dans la mesure où il faut apprendre à s’en prémunir. L’intelligence économique doit comprendre les démarches offensives pour définir des contre-mesures opérationnelles.
Au bout du compte, l’intelligence économique n’ignore pas la dureté des combats concurrentiels. Elle n’élude pas la question des rapports de force entre les firmes. Elle n’évacue pas non plus l’âpreté de la compétition des Etats dans des domaines stratégiques. La clé de lecture de l’intelligence économique n’est « ni naïve, ni paranoïaque », elle se propose d’analyser et de comprendre les rapports concurrentiels « tels qu’ils sont et non tels qu’ils devraient être ».
Internet versus Web ?
Mercredi 17 novembre 2010 | Concepts et conceptions | Pas de commentaire
Un de mes étudiants me demande récemment : « Quelle est la différence entre Internet et le Web ? ». Force est de constater que, depuis des années, la confusion de sens demeure encore très présente entre ces deux termes qui ne sont pas équivalents. Pourtant, cette distinction entre Internet et le Web est importante, notamment pour les spécialistes d’Intelligence économique et de veille stratégique, car elle dessine une véritable « topographie » du Web et conditionne l’optimisation des recherches d’informations.
Internet
Internet (cf. la définition de Wikipedia) est le réseau informatique mondial qui rend accessibles au public des services variés comme le courrier électronique, la messagerie instantanée et le World Wide Web (www), en utilisant le protocole de communication IP (internet protocol). Le terme générique « Internet » met donc plutôt l’accent sur les infrastructures et sur l’architecture technique qui repose sur une hiérarchie de réseaux. Cette architecture est singulière car elle n’est pas centralisée, ce qui vaut à Internet la qualification de « réseau des réseaux ». Cela signifie pour nous que, bien que la popularisation d’Internet se soit construite via le World Wide Web, le www n’est que l’une des applications d’Internet.
Intelligence économique et renseignement : entretien avec Francis Beau (2/2)
Samedi 6 novembre 2010 | Concepts et conceptions | Pas de commentaire
Voici la deuxième et dernière partie de mon entretien avec Francis Beau, spécialiste du renseignement et de l’Intelligence économique (la première partie est disponible ici) :
5. Finalement, pour reprendre la formule célèbre de Max Weber, vous nous livrez une vision totalement “désenchantée” du renseignement. Celle du renseignement qui « n’éclaire pas l’avenir mais seulement le présent ». On est vraiment aux antipodes de la fameuse logique d’anticipation stratégique ? › Lire la suite
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