La rumeur: ancêtre du buzz?

Badbuzz

Les auteurs Anthony Babkine et Mounira Hamdi établissent une comparaison singulière entre le bad buzz et la rumeur. Pour eux il s’agit « d’une légende contemporaine, un récit, une histoire, une trame narrative qui circule sans contrôle ou sans contrôle en apparence, qui produit des effets ou donne l’impression de produire des effets ». Les auteurs ajoutent que le buzz peut être comparé à une sorte de rumeur positive. Or, dans des travaux déjà anciens sur la rumeur considérée comme « plus vieux média du monde », le professeur Jean-Noël Kapferer soutenait précisément que la rumeur n’est ni vrai, ni fausse. En fait, elle se caractérise avant tout par son mode de propagation et son potentiel viral. Elle repose sur le fait que celui qui va la relayer ressent à cette occasion un sentiment de valorisation individuelle. Finalement, ce même mécanisme de distribution fonctionne s’agissant des buzz mais il est littéralement décuplé par la simplicité mécanique et la fulgurance du numérique. Lorsqu’un internaute partage une information avec les autres internautes, il devient en un seul clic une source privilégiée de communication et de transmission. Il importe peu que son propos fasse autorité. Il suffit qu’il soit largement partagé.

Au final, la rumeur et le bad buzz se caractérisent par des constantes communes. Dans les deux cas, nous sommes confrontés à une information virale parfois vraie, souvent imprécise, déformée ou fausse. Cette information retient l’attention de personnes qui vont la diffuser largement dans leurs différents réseaux de sociabilité ; au niveau familial, amical, associatif ou professionnel. Il en résulte un emballement collectif mais l’émetteur initial n’est quasiment jamais identifié. On ne connait pas l’origine de la rumeur ou du bad buzz : mécontentement, malveillance, critique fondée, manipulation… Elle va marquer durablement l’attention du grand public, susciter l’intérêt des curieux et entretenir les échanges alors que son démenti passera souvent inaperçu. Pour l’ensemble de ces raisons, l’universitaire Pascal Froissart a pu soutenir justement que la rumeur serait un peu « l’ancêtre du buzz ».

Billet paru dans Aquitaine Presse Service (APS), Les clés de l’Intelligence économique, vendredi 10 février 2017

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