Intelligence économique et crise économique

Jean-Michel Reynaud, Président de la Section des Finances du Conseil Economique et Social et Président délégué de l’ICOSI (Institut de Coopération Sociale Internationale) a publié en janvier 2009 un document sur la Démarche d’intelligence économique dans le contexte de la crise de 2008. Il y affirme la nécessité de l’intervention de l’Etat et du développement d’une nouvelle régulation, tout en prônant la prise en compte de l’Intelligence économique.

1. Une « guerre froide » économique

L’auteur situe d’abord la situation actuelle, la qualifiant de « guerre froide » économique : réduction des ressources énergétiques, croissance de nouveaux pays continents (Chine et Inde, Brésil et Russie), problème des énergies de substitution (nucléaire, énergies vertes avec la problématique énergie ou nourriture), et l’intensification des conflits culturels (religion, laïcité, liberté de conscience) et sociaux (« dumping salarial et social », différences de niveau de vie,…).

Après ce panorama pessimiste, Jean-Michel Reynaud, présente les conséquences de cette situation. Les « délocalisations massives » sont une réalité, mais l’auteur y entrevoit une issue : « ne serait-ce que par rapport au renchérissement du coût de l’énergie, ne peut-on prévoir l’intensification du retour de la fabrication plus près des lieux de consommation ou d’utilisation, mais aussi – par effet corrélatif – une augmentation du coût des produits ? »

L’auteur se fait ensuite l’avocat de la notion de guerre économique, affirmant que les nations se confrontent sans avoir recours à la guerre traditionnelle, préférant l’affrontement économique, avec des stratégies d’influence, de renseignement, la désinformation et la corruption. « Les risques financiers doivent être au coeur des stratégies des entreprises à travers le concept et des pratiques d’intelligence économique », et entraîne l’intervention de l’Etat, avec par exemple le rapport du CES (présenté dans un article précédent, Risques financiers et IE : le rapport Mongereau).

2. Il faut utiliser l’intelligence économique

Dans la partie suivante, l’intelligence économique est présentée de manière plus précise. La nécessité de labelliser des « vrais » professionnels de l’IE est mise en exergue, et différentes problématiques liées à se mise en place dans les entreprises sont évoquées (mobiliser tout le personnel, obtenir de l’Etat une définition claire de sa stratégie,…).

Pour développer l’IE dans le but de protéger les intérêts économiques et sociaux, et pour faire face à ce qu’il juge être une « guerre froide » économique, l’auteur propose le patriotisme économique, qui peut également permettre de rendre la crise plus « maîtrisable ». Ce patriotisme économique est défini comme « une volonté centrale d’un dispositif de protection économique et sociale bien compris » ainsi que comme « une politique de régulation dont les secteurs économiques, financiers et sociaux ont grand besoin ».

3. Des propositions d’intervention

L’auteur fait ensuite plusieurs propositions concrètes et parfois audacieuses pour lier intérêt stratégique et développement économique : inclure la protection des secteurs économiques et sociaux dans la Défense nationale, développer des fonds d’investissement en faveur des hautes technologies, accueillir des fonds souverains,… En matière de protection, l’auteur prône la lutte contre les fraudes et menaces financières, contre la cybercriminalité.

L’auteur va ensuite à nouveau affirmer la nécessité d’intervention de l’Etat, dans plusieurs directions :

  • anticipation des évolutions futures ;
  • garantie de la cohésion sociale ;
  • prise en compte des évolutions sociétales (développement durable, droits sociaux, transparences financière, lutte contre la corruption) ;
  • régulation et dialogue avec les autres Etats (pour mettre en place un cadre économique globalement respecté, développer une déontologie universelle,…).

Conclusion : changer les règles du système et utiliser l’IE

Enfin, en dernière partie, Jean-Michel Reynaud reprend la genèse de la crise, afin de bien montrer qu’il est maintenant nécessaire de changer les règles de fonctionnement du système : « il nous faut changer complètement de logique, passer du court terme, de l’avidité et de la cupidité, à un système basé sur le long terme, sur le durable et le solidaire ».

La conclusion, elle, remet en avant la nécessité d’utiliser l’intelligence économique afin d’améliorer la sécurité économique « indispensable à la croissance et à l’emploi, mais aussi nécessaire à l’indispensable cohésion sociale sans laquelle aucune société ne peut se développer durablement ».

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