Amendement Nutella

 

 

 

Récemment, j’évoquais la « théorie des complots » pour caractériser ce processus ouvert dans lequel les groupes d’intérêt s’affrontent à coup de communication d’influence. Dans cette compétition ouverte, il n’existe pas de main invisible ou de pouvoir caché capables de monopoliser les moyens de coercition douce (soft law) et d’instrumentaliser les forces en présence. Un bon exemple nous est finalement fourni par l’actualité.  Récemment, le Sénateur Yves Daudigny dépose le fameux « amendement Nutella »,  visant à instaurer une taxe additionnelle de 300 euros par tonne sur les importations d’huile de palme destinées à l’alimentation, ceci pour des raisons de santé publique (amendement finalement repoussé par l’Assemblée Nationale). Cette proposition législative fait suite à un film qui a eu beaucoup de retentissement sur le Web, montrant un pot de Nutella laissé plusieurs heures dans une voiture en plein soleil, la température atteint plus de 58°. Au terme de cette expérience, une grande quantité de l’huile de palme contenue dans le Nutella remonte à la surface (ce qui ne rend guère le produit appétissant). La stigmatisation du Nutella est devenue si forte que la marque doit désormais s’expliquer

Depuis, le débat est vif entre les parties prenantes. Les représentants de la filière en Malaisie démontrent que le beurre ou  le fromage sont objectivement plus nocifs que l’huile de palme. L’organisme certificateur Table ronde pour une huile de palme durable (RSPO) souligne que « c’est la matière première qui permet le mieux de lutter contre la pauvreté » dans le monde.  Les représentants nigérians  parlent de « taxe coloniale ». Le fond français pour l’alimentation et la santé créé par l’Association Nationale des Industries Agroalimentaires (ANIA) s’oppose aux mesures d’éviction de l’huile de palme sur le marché français, jugées « contre productives » (chaque français ne consomme que deux kilos d’huile palme par an !). Plus inattendues, des ONG comme Greenpeace, les Amis de la terre ou WWF sont, elles aussi, entrées dans le débat. Dans les années 2000, ces associations avaient violemment attaquées l’huile de palme, pour dénoncer les dégâts de la déforestation et demander la protection des Orang-outang. Elles rappellent qu’elles n’ont jamais formulé la moindre critique sanitaire, ni appelé au boycott de la consommation d’huile de palme.

Mais alors que s’est-il passé ? A partir de 2009, les grandes enseignes françaises de distribution comprennent qu’elles peuvent exploiter les critiques nutritionnels, pour renforcer leur image commerciale auprès de leurs clients (Voir par exemple les réactions à la campagne de Système U). Elles lancent alors l’offensive contre l’huile de palme, au nom de la défense des consommateurs. Franchement, qui aurait pu prédire l’entrelacement et la multiplication des conflits d’intérêts sur ce dossier ?

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