coopétition – Intelligence économique, Information et Influence… http://jacques.breillat.fr Le blog de Jacques Breillat Sun, 28 Oct 2012 09:32:42 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.18 http://jacques.breillat.fr/wp-content/uploads/2009/02/cropped-jb1-32x32.jpg coopétition – Intelligence économique, Information et Influence… http://jacques.breillat.fr 32 32 La théorie DES complots http://jacques.breillat.fr/divers/la-theorie-des-complots http://jacques.breillat.fr/divers/la-theorie-des-complots#respond Mon, 29 Oct 2012 10:23:18 +0000 http://jacques.breillat.fr/?p=2960 Savoir plus]]>

 

Dans une démocratie pluraliste, les institutions représentatives et les partis politiques sont nécessairement perméables aux jeux des groupes d’intérêt. L’intelligence économique s’intéresse particulièrement à la communication et au répertoire d’action des opérateurs privés, qui influencent le processus de décision publique. Mildred Schwarz a montré qu’il existe un ensemble de facteurs favorisant objectivement la porosité entre les sphères publiques, les partis politiques et les groupes privés : la capacité à élaborer des contraintes normatives ; la capacité d’offrir des emplois rémunérés ou des postes honorifiques ; la capacité à définir la conformité idéologique et enfin l’argent (notamment à travers le financement des campagnes électorales par les entreprises et le rôle joué par les Fundraiser aux Etats Unis). Pour Schwarz, les partis politiques intègrent aussi une cinquième fonction, peut-être moins connue, celle du linkage, c’est-à-dire la capacité à produire des liens de nature clientéliste. Ils accomplissent ainsi une fonction de légitimation essentielle en démocratie, conduisant à une sorte de « recyclage » des intérêts privés en composante de l’intérêt général. Sur le plan systémique, pour reprendre la formule d’Easton, tout se passe comme si la médiation des partis politiques, le passage par la boite noire, permettait de transformer des inputs privés en outputs publics. On connait la formule célèbre de Wilson en 1953, « Tout ce qui est bon pour la General motors est bon pour l’Amérique ».

Dans un tel environnement de pluralisme institutionnel, économique et médiatique, à la fois ouvert, complexe et fragmenté, on chercherait en vain un « force obscure » cachée, capable de piloter l’ensemble des relations du système. Chaque groupe de pression en concurrence tente prosaïquement de faire inscrire ses propres objectifs sur l’agenda politique. Pour cela, il lui faut être reconnu et parler plus fort que les autres, c’est à dire « faire nom et faire nombre » (car chacun veut se faire entendre et dispose d’un porte-voix).

Au bout du compte, la théorie du complot se révélera souvent sociologiquement fausse. Certes, il peut exister sur le plan tactique des coalitions d’intérêt et l’on peut voir se dégager sporadiquement, ici et là, des vraies logiques de coopération ou de coopétition. Mais « en dernière instance », personne ne dispose jamais du monopole de contrainte suffisant ou des moyens de gouvernance nécessaires pour contrôler un système polycentrique, caractérisé par l’entrechoc, l’entrelacement et l’imbrication d’intérêts souvent contraires les uns aux autres. Il n’existe ni grand ordonnateur omniscient, ni main invisible omnipotente. Personne n’est dissimulés dans le plus grand secret de je ne sais quel espace cryptique. En revanche, il existe bien des milliers de micro-complots… Des micro-complots qui s’affrontent à coup de communication d’influence, dans le cadre d’une compétition ouverte et acharnée, ou  chacun tente de défendre des intérêts et légitimer des causes dans l’espace public. En bref, c’est une théorie DES complots qu’il nous faut apprendre à méditer…

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Vous avez dit « Guerre économique » ? http://jacques.breillat.fr/concepts/vous-avez-dit-guerre-economique http://jacques.breillat.fr/concepts/vous-avez-dit-guerre-economique#comments Fri, 23 Oct 2009 22:07:59 +0000 http://jacques.breillat.fr/?p=1756 Savoir plus]]> Certains spécialistes d’intelligence économique (IE) n’hésitent pas à parler de « guerre économique » pour caractériser les relations hyperconcurrentielles entre les entreprises. Pourtant, les dirigeants de PME/PMI se méfient de cette « guerre économique » ;  synonyme de « guerre des prix » et de dégradation des marges commerciales. Et dans une logique de guerre, les ennemis s’affrontent toujours pour se détruire réciproquement.

Au contraire, l’idée qu’il y aurait de la place pour tous sur le marché encourage plutôt la conclusion de gentlemen agreement. L’entreprise préférera généralement éviter la confrontation directe en lui substituant l’entente et la répartition des territoires. « Tu investis sur ce projet, je me concentre sur cette cible marketing… » C’est d’ailleurs pourquoi les services de l’Etat (DGCCRF) veillent précisément au respect des règles de libre concurrence.

Il faut donc se garder à la fois de toute forme de darwinisme social (qui consiste ici à surestimer la seule loi du plus fort) et de toute naïveté (qui consiste à nier la réalité des rapports de force). Les relations économiques comportent une grande variété de comportements allant de la confrontation à la coopération. Ces rapports fluctuent largement dans le temps et en fonction des enjeux du marché. L’hyperconcurrence et la coopération ne sont que les deux faces d’un même Janus. La guerre économique n’est donc rien qu’une hypothèse parmi beaucoup d’autres.

Article paru dans Aquitaine Presse service (APS) Vendredi 23 octobre 2009

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Marché des transports en commun : coopétition vs « patriotisme économique »… http://jacques.breillat.fr/veille-strategique/marche-des-transports-en-commun-coopetition-vs-%c2%ab-patriotisme-economique-%c2%bb%e2%80%a6 http://jacques.breillat.fr/veille-strategique/marche-des-transports-en-commun-coopetition-vs-%c2%ab-patriotisme-economique-%c2%bb%e2%80%a6#comments Wed, 11 Mar 2009 09:12:31 +0000 http://jacques.breillat.fr/?p=881 Savoir plus]]> Selon une indiscrétion parue dans La Tribune du 2/3/2009, il y aurait « Une alliance franco-allemande pour contrer la SNCF » sur la délégation de service public des transports en commun (tramway, bus) de la Communauté Urbaine de Bordeaux (CUB). Pour le quotidien économique, c’est un véritable « ticket » à 750 M€ qui serait en construction entre Veolia transport et la Deutsche-Bahn (DB). Ce « ticket » devrait permettre aux deux entreprises de concourir et remporter le nouvel appel d’offre de la CUB sur la gestion des transports en commun qui sera lancé en fin d’année. Même si Francis Grass, directeur général de Veolia transport France s’acharnait ces jours derniers à démentir  cette vilaine rumeur d’alliance stratégique avec la Deutsche-Bahn (DB), l’information est pourtant prise au sérieux. Cette nouvelle a d’ailleurs créé quelques émotions dans les services de la CUB, puisque c’est justement après un recours en annulation introduit par la Deutsche-Bahn (DB) que le Tribunal administratif de Bordeaux avait finalement invalidé l’attribution du marché à Keolis (filiale de la SNCF). Le Tribunal administratif avait souscrit aux arguments de Deutsche-Bahn (DB) tendant à démontrer un défaut de publicité concernant le marché de délégation de service public au niveau européen.  Au bout du compte, Veolia n’avait dû qu’à ce recours juridique aux effets salvateurs de se voir prolonger d’une année supplémentaire pour la gestion du réseau de transport de la CUB. Au-delà de la concurrence extrême qui fait rage sur le secteur des transports. Cet événement souligne avec quelle prudence il convient de parler de « patriotisme économique ». La circonspection doit être de mise, surtout lorsque l’on approche de grandes entreprises dont les intérêts sont transnationaux et dépassent les clivages strictement liés à l’appartenance nationale.

Cette affaire nous en rappelle une autre intervenue dans un contexte ultra concurrentiel des transports publics. En effet, en 2006, la SNCF avait décidé d’attribuer le marché de construction des nouvelles rames des nouvelles automotrices du Transilien au canadien Bombardier dont l’offre était « mieux disante » de près de 200 M€ par rapport à Alstom. L’attribution de ce marché de plus de 4 milliards d’€ à une entreprise étrangère avait alors fait « grand bruit » dans les médias. La polémique avait enflée et de nombreux commentateurs avaient alors brandi le sabre de l’indignation hexagonale, enfourchant la monture du « patriotisme économique ». Quelques jours après cette attribution de marché, on apprenait qu’Alstom engageait un recours administratif pour faire annuler l’attribution du marché à Bombardier. Nos commentateurs les plus exaltés s’étaient alors installés aux meurtrières du Château fort pour en découdre. Les étendards tricolores flottaient fièrement aux créneaux. On allait enfin en découdre avec « l’étranger du dehors » ! Mais patatras…. Quelques jours plus tard, on apprenait qu’Alstom et Bombardier s’étaient entendus par un accord amiable pour éviter tout conflit judiciaire. Bombardier acceptait finalement de sous-traiter une partie à Alstom, et les deux sociétés pétitionnaient ensemble pour le métro de Genève. Nos guerriers médusés rentraient piteusement dans leurs villages gaulois, la têtes basses et désabusés par un tel appât du gain. Epilogue d’une « guerre économique » dont le sang versé tournait finalement  en « eau de boudin » sous la logique de profits apatrides. Depuis, la coopération s’intensifie et le consortium Alstom/Bombardier décroche un marché de 82 millions d’euros pour une commande de 14 rames automotrices électriques TER 2N NG pour la région Pays de Loire, haute Normandie et les chemins de fer luxembourgeois.

Qu’on nous comprenne bien, cela ne veut pas dire que la clef de lecture de la « guerre économique » soit totalement inopérante. Elle peut éclairer certaines décisions stratégiques, notamment lorsque celles-ci interviennent dans des secteurs où le poid du régalien se fait sentir (énergie, industrie aéronautique, armement, technologies sensibles…). Simplement, l’actualité nous rappelle que la clef de lecture purement « nationale » n’est pas simple à manier dès lors que l’on parle d’enjeux financiers et de grandes entreprises. Elle nous rappelle aussi qu’en la matière, il faut se méfier de toute forme de manichéisme.   Une alliance avec un concurrent, fut-il étranger, pour se partager un marché, est toujours plus profitable qu’une guerre commerciale se terminant par extermination mutuelle. En son temps la théorie des jeux avec déjà formalisé les jeux « gagnant-gagnant ». La « coopétition » traduit bien ce mouvement. Le concept de « coopétition » permet de montrer l’agilité pragmatique avec laquelle les firmes passent, selon les séquences du marché, d’une posture  de « compétition » à des positions de « coopérations ».

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