illégal – Intelligence économique, Information et Influence… https://jacques.breillat.fr Le blog de Jacques Breillat Sun, 11 Jul 2010 11:39:10 +0000 fr-FR hourly 1 https://wordpress.org/?v=5.5.21 https://jacques.breillat.fr/wp-content/uploads/2009/02/cropped-jb1-32x32.jpg illégal – Intelligence économique, Information et Influence… https://jacques.breillat.fr 32 32 Lilianelka : l’hydre de la transparence… https://jacques.breillat.fr/actualite-de-lie/lilianelka-lhydre-de-la-transparence https://jacques.breillat.fr/actualite-de-lie/lilianelka-lhydre-de-la-transparence#comments Wed, 07 Jul 2010 13:00:45 +0000 http://jacques.breillat.fr/?p=2115 Savoir plus]]> Quel est le rapport entre la tempête médiatique déclenchée par les grossièretés lancées par Nicolas Anelka à l’encontre du sélectionneur national et l’affaire Bettencourt ? Apparemment aucun. Sauf qu’à y regarder de plus près, on peut se questionner sur le statut de l’information privée dans notre pays. Dans le dossier Anelka, un joueur de football professionnel perd les pédales à la mi-temps d’un match capital et s’en prend à son coach dans des termes peu amènes. Il s’exprime dans l’intimité d’un vestiaire de football dont a priori rien n’aurait dû filtrer vers l’extérieur. Dans le dossier Bettencourt, la plus grande fortune de France se retrouve “piégée” par son majordome, qui enregistre les discussions avec ses conseillers financiers, son notaire et ses avocats, et par son ex-comptable qui préfère divulger des informations – vraies ou fausses ? – aux médias plutôt qu’aux enquêteurs, accusant également le Chef de l’Etat. Au résultat cela ne produit pas moins de 28 CD d’enregistrement de conversations captées illégalement. Mieux, ces enregistrements “pirates” seront dévoilés on line par Médiapart sur son site Internet, et retranscrits largement dans un cahier spécial du Point. Les médias s’en emparent librement avec la bénédiction de l’autorité judiciaire qui considère que les révélations de Médiapart relèvent « de la publication d’informations légitimes et intéressant l’intérêt général » et que demander leur retrait « reviendrait à exercer une censure contraire à l’intérêt public ».

Dans les deux cas, la façon dont l’information a été acquise est disons… “discutable” : exploitation d’une indiscrétion d’un côté, et piratage de conversations personnelles de l’autre… Dans les deux cas, le succès des sources bénéficie d’une résonnance énorme, en raison d’un environnement préexistant pour le moins “délétère”. D’un côté, nous avons une équipe nationale de football qui sombre dans les affres de la contre-performance sur le terrain en pratiquant la méthode Coué (du style « tout va bien madame la Marquise »), accompagnée par l’autisme de la Fédération Française de Football et la communication totalement décalée du sélectionneur. C’est le syndrome du Titanic, le paquebot coule mais on joue de la musique sur le pont supérieur. De l’autre côté, nous avons un majordome et une comptable peu scrupuleux qui piègent une octogénaire milliardaire sur fond de procès pour « abus de faiblesse » mené par sa propre fille. C’est un Agatha Christie de vaudeville… Ces environnements conflictuels, dégradés et scabreux constituent un véritable “appel d’air”. Ils permettent d’aspirer et de diffuser des informations acquises dans des conditions douteuses sur le plan éthique ou même légal.

On nous objectera que le principe de transparence démocratique justifie à lui seul et légitime la diffusion médiatique des informations, quelles que soient les méthodes offensives de collecte. On arguera du fait que les journalistes ne font que leur travail en dévoilant les matériaux en leur possession. Finalement, la vertu de la Vérité pourrait s’accommoder et se nourrir de méthodes d’acquisition inacceptables sur le plan moral. Il n’en demeure pas moins que ces affaires pourraient aussi nous laisser un sentiment de malaise.

En effet, la diffusion de ces informations n’est pas totalement désintéressée, servant une politique du chiffre par ses retombées commerciales. La religion de la transparence est aussi celle du Veau d’or. Elle fait vendre du papier, surtout lorsqu’elle s’inscrit dans ce mouvement de fond  du voyeurisme social. Le footballeur friqué et mal dégrossi issu des banlieues devient la victime d’un hypothétique traître…  La vieille dame en perdition comme étouffée sous le poids de sa richesse et qui claque sa fortune au profit d’un ami photographe sous le regard réprobateur de sa fille… Tous les ingrédients de la tragédie people sont présents. Diffusion de conversations privées, violation du secret de l’avocat, recours aux méthodes offensives du micro clandestin, taupe, corruption politique… On est tout de même assez loin de l’éthique enseignée aux praticiens de l’Intelligence économique qui prohibe le recours aux méthodes illégales de collecte. A moins que ce Lilianelka ne soit que l’hydre du principe de transparence, repoussant toujours plus loin les frontières de l’intimité, dévorant la privacy et se nourrissant de nos secrets les plus intimes…

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Le tryptique de l’information https://jacques.breillat.fr/concepts/tryptique-information https://jacques.breillat.fr/concepts/tryptique-information#respond Sat, 04 Apr 2009 10:18:11 +0000 http://jacques.breillat.fr/?p=1059 Savoir plus]]> information-blanche-grise-noire-photoLes spécialistes de l’Intelligence économique, comme le Général Pichot-Duclos (Typologie de l’information, Intelco, 1994), classent l’information en trois groupes, selon son degré d’accessibilité : information blanche, information grise, et information noire (cf. la Préface du Général Pichot-Duclos, tirée de Typologie de l’information, Intelco, 1994).

  • L’information blanche est une information à la fois publique et facilement accessible. Il s’agit d’une information totalement « ouverte », qui ne bénéficie d’aucune protection particulière. L’information blanche peut faire l’objet de recherches avec des outils grand public : chacun peut y accéder, la recueillir, la traiter et la diffuser. Cette information se base ainsi sur la matière dite « blanche » : publique ou réservée, elle est issue de bases de données, de publications scientifiques, de périodiques, de plaquettes d’entreprises, d’entretiens avec des experts de centres techniques, avec des partenaires, des fournisseurs, des clients… Elle est donc entièrement libre d’accès et d’exploitation.

  • L’information grise, elle, ne fait pas l’objet de publicité et n’est pas aisément accessible. Cependant, on peut quand même y accéder, de façon indirecte ou détournée.  Il s’agit d’une information sensible dont l’accès est légal, mais qui n’est pas publique en raison de sa valeur ajoutée. Ce type d’information est le produit d’un travail intellectuel ou d’une expertise. Il sera nécessaire d’utiliser des techniques avancées de recherche et de traitement de l’information pour obtenir ces informations (en participant à des réseaux relationnels, des groupes de discussion d’experts, etc.). La matière « grise« , sur laquelle s’appuie ce type d’informations, est essentiellement réservée. Elle est constituée d’informations qui, ayant de la valeur, ont fait l’objet d’une appropriation. Celle-ci se fait grâce à l’obtention d’un droit privatif (brevets, modèles, droits d’auteur…). Son exploitation est limitée, et généralement soumise à l’autorisation du titulaire.
  • L’information noire est une information plus difficile à obtenir : elle fait l’objet d’une sécurisation particulière. Cette information est ainsi le plus souvent protégée par la loi, le secret professionnel ou les règles de protection contractuelles (clause de confidentialité). Elle est réservée aux seules personnes autorisées, qui auraient le « besoin d’en connaître ». Pour capter ces informations, on enfreint les règles du droit (espionnage industriel). La matière « noire » est confidentielle (les informations sont protégées par le secret). Il peut s’agir de différents types d’informations, comme les secrets de fabrication, les secrets commerciaux (études de marché, prévisions de vente), ou relatifs à l’organisation (organigramme),… Son accès est régulé, et soumis à des risques de sanctions civiles et pénales (vol, débauchage, corruption, etc.). Son exploitation est libre si on a droit à un accès légal (sauf copie servile ou agissements parasitaires).

information-blanche-grise-noire2J’ai eu l’occasion de dire combien la distinction entre information blanche, grise et noire demeure avant tout « conceptuelle ». Sur le plan pratique et opérationnel, elle pose des problèmes. D’abord elle semble évacuer  la déontologie, en ne prenant en compte que le caractère légal ou illégal de la recherche de l’information. Le problème est que les informations grises, qui offrent une valeur ajoutée réelle pour l’Intelligence économique, sont à la frontière certes du légal et de l’illégal, mais aussi à celle du légitime et de l’illégitime. Il faudrait sans doute prendre en compte simultanément le légal et l’illégal, le moral et l’immoral, le légitime et l’illégitime (cf. Plus blanc que blanc). Ceci est d’autant plus difficile dans un contexte de faiblesse des idéologies et d’affaiblissement du sentiment religieux ; le simple rappel de la majesté de l’autorité de la loi ne suffit plus. Et ce encore plus dans le domaine de l’Intelligence économique, où des règles de déontologie précises n’ont pas encore vu le jour.

Références : – Pichot-Duclos, Général, Typologie de l’information, Intelco, 1994 et sa  Préface ;
– blog Vtech ;
– Jacques Breillat, Plus blanc que blanc (cf. la présentation du document) ;
– le blog de Jacques Breillat, articles Blanc, gris ou noir ?, L’information ouverte n’est pas une information libre.

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